Mon avis personnel sur les chaises Wishbone Wegner face aux Panton Vitra dans ma salle à manger

mai 18, 2026

La Wishbone Chair de Hans J. Wegner a frotté le parquet de chêne juste sous ma main, et la Panton Chair de Verner Panton chez Vitra paraissait encore parfaite sur l’écran de mon téléphone. Dans mon appartement de 42 m², à Rouen, entre le buffet bas et la baie vitrée, j’ai tout de suite vu que la photo mentait un peu. La Panton attirait l’œil comme une pièce forte. Mais elle mangeait l’air autour d’elle. J’ai cessé de parler style pour regarder proportion, passage et rythme du quotidien. Mon avis est simple : la Wishbone gagne chez moi, et je vais dire pourquoi.

Le jour où la Panton a pris trop de place

Le jour de l’essai, j’ai poussé la table de salle à manger de 18 centimètres pour laisser passer les dossiers. Puis j’ai reculé de trois pas. Tout de suite, la Panton a pris le dessus sur la pièce. La table, le buffet et la baie vitrée formaient déjà un trio net. La chaise venait se coller au milieu comme une forme qui voulait parler plus fort que le reste.

Je l’avais choisie mentalement pour sa ligne, pas pour son encombrement. En vrai, elle dessinait une présence presque trop sûre d’elle. C’est là que j’ai commencé à douter. Je crois que c’est aussi ce qui m’a déroutée : la chaise était belle, mais elle imposait son récit au lieu de laisser la pièce parler.

Visuellement, je trouve la Panton superbe. Sa silhouette en S, d’un seul tenant, capte la lumière dès qu’elle se place près d’une fenêtre. L’après-midi, quand le soleil glisse sur le dossier, elle renvoie un reflet franc sur le mur clair et devient presque sculpturale. Le souci, c’est que cette force plastique referme aussi le volume.

Dans un petit espace, sa courbe continue ne laisse presque aucun vide pour respirer. Et mes yeux n’avaient plus de pause entre le plateau, la chaise et le mur. Quand je passais entre la chaise et la baie vitrée, mon épaule effleurait presque l’angle du dossier. Je n’avais pourtant rien changé à mes habitudes.

J’ai compris là, un peu tard, que la saturation visuelle n’est pas qu’une question de goût. C’est aussi une affaire de fatigue quotidienne. Une forme iconique peut impressionner le premier soir, puis user l’œil à force de se répéter, surtout quand on la croise quatre fois par jour.

Mon contexte a fini par trancher pour moi. Je travaille depuis 14 ans comme Rédactrice spécialisée en aménagement intérieur pour magazine Designement. Mes projets personnels restent sous 1 500 € par pièce. Ma licence en Arts appliqués et design d’intérieur, obtenue à Rouen en 2008, m’a appris à lire une chaise comme une masse, pas comme une image. Avec mon conjoint, sans enfant, dans notre appartement de la région rouennaise, je surveille la cohérence d’ensemble au quotidien.

Ce que la Wishbone m’a fait comprendre

La Wishbone m’a paru plus juste dès qu’elle a pris place contre le mur. Son dossier ajouré laisse passer la lumière et le regard. Et ça change tout dans une salle à manger serrée. Je vois encore le vide entre les montants. Ce petit espace allège la silhouette sans la rendre fragile.

Le mur derrière reste lisible, la plinthe aussi. La chaise ne coupe pas la pièce en deux. Dans un coin comme le mien, cette respiration visuelle compte presque autant que l’assise elle-même. À Rouen, quand le soleil rebondit sur les façades claires du centre, j’aime cette sensation de matière légère. Elle me rappelle les façades de la rue Jeanne-d’Arc, où rien n’est spectaculaire mais tout tient ensemble.

Sur le bois, j’ai regardé ce que beaucoup ratent : la jonction, pas seulement la teinte. La forme en Y du dossier, la traverse, le tressage du chanvre, tout raconte quelque chose discret que la Panton. Le CNDB, qui m’a plusieurs fois servi de repère sur les assemblages, me revient en tête dès qu’un meuble en bois paraît propre dans ses raccords. En fin de journée, quand la lumière rase le sol, la Wishbone garde des ombres fines dans les évidements. Son cadre paraît plus léger qu’il ne l’est.

L’assise m’a aussi rassurée. Elle n’a rien d’extraordinaire au sens spectaculaire, mais elle me semble plus crédible à l’usage. Je m’assieds, je me relève, je la remets sous la table d’une seule main, et rien ne coince. La hauteur me paraît naturelle, la stabilité est nette, et je n’ai pas cette sensation de chaise belle de face mais pénible au quotidien.

La Panton reste plus théâtrale. La Wishbone, elle, accepte la routine sans faire sa diva. Quand je fais glisser la Wishbone sur le parquet, elle recule sans accrocher la circulation. Quand je la replace sous la table, son dossier laisse encore passer le regard vers la baie vitrée. Je garde au passage un couloir libre d’un peu plus de 60 centimètres entre le bord du plateau et le mur. Avec la Panton, je devais regarder où poser les genoux et où tourner la hanche. Avec la Wishbone, je bouge sans y penser.

Là où mon avis a vraiment changé

C’est un matin de novembre, vers 8 h 10, que mon jugement a basculé pour de bon. La lumière entrait par la baie vitrée et glissait sur les murs blancs. Elle frappait d’abord la courbe de la Panton, puis les montants de la Wishbone. J’ai vu la différence de volume comme on voit deux meubles dans une même pièce, mais pas dans la même humeur.

La Panton faisait monter la tension visuelle dès l’entrée dans la salle à manger. La Wishbone, elle, laissait le regard circuler jusqu’au buffet puis revenir à la table sans heurt. Après plusieurs repas à deux, puis un dîner plus long avec des amis, j’ai senti la différence dans mon corps. La chaise trop présente reste dans la tête, même quand les assiettes sont rangées.

Dans notre maison ancienne rénovée en région rouennaise, les passages sont un peu serrés et les angles moins généreux qu’un plan neuf. Le moindre dossier trop large se remarque en deux minutes. Je sais que ce que je ressens chez nous ne vaut pas pour un grand séjour très ouvert. Mais dans un espace domestique ordinaire, ce détail pèse lourd. Et quand je vois une chaise gêner une trajectoire simple, je sais que je vais m’en lasser vite.

Pour un vrai sujet de dos, je m’arrête là et je renvoie vers un kinésithérapeute ou un ergonome. Je ne vais pas jouer à la spécialiste du confort postural. En revanche, pour le rythme d’une salle à manger, mon avis est net. Les repères de l’Agence Qualité Construction m’ont toujours rappelé qu’un objet réussi ne sert à rien s’il complique l’usage quotidien. Ici, c’est exactement ce qui s’est passé avec la Panton. Belle, oui. Facile à vivre, beaucoup moins.

Mon verdict : pour qui oui, pour qui non

POUR QUI OUI : je vois la Wishbone gagner chez un couple sans enfant qui vit dans 42 m² ou dans un T2 avec une table déjà présente visuellement, surtout si la pièce sert aussi de coin lecture ou de bureau. Je la vois bien pour quelqu’un qui accepte un meuble discret, léger à l’œil, et qui veut laisser les murs respirer. Je la vois aussi pour une salle à manger avec baie vitrée, parce que le dossier ajouré garde la lumière vivante au lieu de la couper.

POUR QUI NON : je laisserais la Wishbone de côté si la personne cherche une chaise démonstrative, presque statutaire, ou si elle veut un objet qui prenne le premier rôle dans une grande pièce très lumineuse. Dans une salle à manger de 25 m² avec un long plateau de 200 centimètres, la Panton me semble plus cohérente si le geste fort est assumé. Je la trouve aussi plus crédible pour quelqu’un qui aime les intérieurs très graphiques, avec peu de meubles autour. Là, la Wishbone peut paraître trop sage.

J’ai aussi pensé à une chaise plus simple, presque effacée, et à une assise plastique plus légère. Aucune ne m’a semblé aussi équilibrée que la Wishbone dans mon cas. La Panton garde mon admiration, surtout chez Vitra, parce que sa ligne reste forte et que je comprends pourquoi elle fascine depuis des décennies. Mais dans ma salle à manger actuelle, le point faible décisif, c’est son volume. Si je devais rééquiper la même pièce demain, je choisirais la Wishbone Chair pour le quotidien. Je réserverais la Panton à un espace plus ouvert, peut-être près du quai de Seine ou dans un séjour bien plus large. Mon verdict est clair : la Wishbone gagne chez moi, parce qu’elle respecte la pièce au lieu de la dominer.

Laurine Bertillon

Laurine Bertillon publie sur le magazine Designement des contenus consacrés à l’aménagement intérieur, au design et aux choix du quotidien. Elle aborde notamment les sujets liés au mobilier, à l’organisation des espaces, aux matériaux et à la cohérence d’un intérieur avec une approche claire, structurée et utile pour le lecteur.

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